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Drogues : l’impasse de la répression

Drogues : l’impasse de la répression

Jeudi, 26 Février 2015
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Les 12 et 13 février 2015 se sont tenues à Saint-Denis des Rencontres autour de la réduction des risques, organisées par la Mission Métropolitaine de Prévention des Conduites à Risques. Chercheurs et acteurs de la prévention des addictions ont partagé leurs expériences et réflexions, et ont notamment souligné la nécessité de faire évoluer la politique de la France en matière de drogues.


Il a été rappelé combien il demeure difficile d’entamer un débat sur le cadre législatif qui régit depuis plus de 40 ans la consommation des drogues en France. Une réforme de la loi 70, qui prévoit d’incarcérer les simples usagers de drogues, n’est en effet toujours pas à l’ordre du jour.

 

Sortir de la répression

Que ce soit en France ou dans d’autres pays, la répression s’est pourtant avérée inefficace ; on estime que les consommateurs de drogue n’ont jamais été aussi nombreux dans le monde. Mais alors que plusieurs pays ont opté ces dernières années pour des politiques moins répressives, aucune évolution ne se dessine en France. Aux Etats-Unis par exemple, les états de Washington et du Colorado ont opté en 2012 pour la dépénalisation du cannabis. L’Uruguay, et ce fut une première mondiale, a voté en décembre 2013 un texte législatif régulant la production et la vente de cannabis sous autorité de l'Etat. En Europe, le Portugal a dépénalisé en 2001 l’acquisition et l’usage de tous les stupéfiants, avec pour résultat une chute de leur consommation. Le pays affiche aujourd’hui l’un des plus faibles taux d’usage de cannabis et de cocaïne d’Europe, quand la France occupe la première place pour la consommation du cannabis, selon une enquête européenne (ESPAD(1)) menée en 2011.

 

Réduction des Risques

Comparé à d’autres pays européens la France a mis en place un modèle de Réduction Des Risques (RDR) moins pragmatique, qui a essentiellement valorisé l’aspect médical. Ce modèle a indéniablement fait ses preuves, en permettant notamment une baisse spectaculaire des overdoses et des contaminations par le VIH chez les usagers de drogues par injection. Lia Calvacanti, directrice de l’Association EGO et Pierre Roche, sociologue clinicien au CEREQ (2), ont rappelé que la RDR fut une pratique des consommateurs eux-mêmes avant d’être une politique, et ont souligné le rôle majeur des associations d’usagers de drogues et de lutte contre le VIH, comme Asud et Aides. Efficace, la RDR a été inscrite dans le code de la Santé Publique en 2004. Mais le contexte social a insuffisamment été pris en compte et est aujourd’hui encore quasiment absent des discours des pouvoirs publics. Deux logiques prévalent, la pénalisation et la médicalisation ; l’usager de drogues est perçu soit comme une personne malade, soit comme un délinquant, ou les deux.

Lia Cavalcanti a affirmé le besoin de prendre davantage en compte la parole et l’expertise des usagers, ainsi que la dimension psycho-sociale de la consommation des drogues.

 

Une société addictogène.

S’il est important de s’intéresser aux trajectoires de vie individuelles, Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien en CSAPA (3) et président de la Fédération Addiction, a souligné qu’il est tout aussi nécessaire de tenir compte de l’évolution de la société dans laquelle nous vivons, et qu’il juge addictogène. Une société de la consommation, de l’intensité, de l’excès et de l’immédiateté, dans laquelle s’est développée une culture de la sensation et de l’hypersensation, qui imprègne en particulier l’univers des adolescents ; une société où priment l’affirmation de soi et la performance, exigences qui conduisent parfois au dopage professionnel. Mais aussi une société où l’on observe une aggravation des inégalités sociales, autre facteur favorisant la consommation de drogues.

Autant de paramètres que toute politique de prévention des addictions doit considérer pour espérer être efficace.

 

 

M.C

 

(1) European School Project on Alcohol and other Drugs. Cette enquête s’est déroulée entre avril et juin 2011 auprès d’adolescents de 15-16 ans.

(2) Centre d’études et de recherches sur les qualifications.

(3) Centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie.

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