Checkpoint Paris

Dépistage rapide du VIH et autres IST

Ouvert du lundi au samedi
36 rue Geoffroy L'Asnier 75004 Paris

 

Contact:

Tél: 01 44 78 00 00


Accueil Le Kiosque Nouvelles drogues de synthèse et SLAM

Actualités

Nouvelles drogues de synthèse et SLAM

Nouvelles drogues de synthèse et SLAM

Jeudi, 11 Juillet 2013
AugmenterRéduireTaille du texte

 

 

Les données disponibles concernant l’utilisation de nouvelles drogues de synthèse dans la pratique dite du « slam » ne permettent pas de quantifier ce phénomène qui, s’il semble augmenter,  reste pour le moment circonscrit à quelques sous-groupes gays. Mais les conséquences de cette pratique, avec des produits hautement addictogènes et des prises de risques importantes, sont particulièrement préoccupantes.

La réunion plénière organisée le 26 juin dernier, par la Corevih (1) IDF Centre, a été l’occasion de croiser les résultats de l’enquête SLAM menée par AIDES avec les observations recueillies à l’hôpital Tenon et au 190, centre de santé sexuelle.

 

Le slam est une pratique de consommation de produits psychostimulants par injection intraveineuse, réalisée dans un contexte sexuel par des hommes gays. Une pratique qui  a réellement émergé en 2011 ; si elle existait déjà auparavant, notamment avec l’injection de cocaïne et de crystal, le phénomène s’est amplifié avec l’arrivée de nouvelles drogues de synthèse. Les plus consommées sont des dérivés de la méphédrone, appartenant à la famille des cathinones (2), aisément accessibles via Internet,  peu onéreuses et livrées à domicile. 

L’emploi du mot anglais slam, qui signifie « claquer », traduit la rapidité et l’intensité des effets ressentis (3). Ces produits sont désinhibants et  stimulent la sexualité. Sur les sites Internet de dragues gay, le « Slam » est une catégorie en soi, avec propositions de plans « chems » (de  « chemical sex » : sexe chimique). Souvent associé à une sexualité hard, il est pratiqué à deux ou plusieurs, dans des espace privés.

 

Addiction

L’association Aides a mené une enquête auprès de 10 slameurs et 4 ex-slameurs (4), avec pour objectif « d’appréhender la pratique du slam  afin de mieux la définir, de fournir une connaissance précise répondant aux incertitudes, questions et constats ambigus, de cerner les enjeux de ce phénomène et d’identifier les demandes des usagers ».

La majorité des personnes interrogées déclarent être séropositives au VIH, et toutes accordent à la sexualité une place centrale dans leur vie.

L’ensemble de ces usagers et ex-usagers témoignent de difficultés à maîtriser, au fil du temps, les injections de cathinones.

Ces produits suscitent en effet une forte compulsion à en reprendre, et leurs effets sur le plan sexuel s’amoindrissent progressivement ; une tolérance au produit s’installe, qui entraine une augmentation des quantités injectées. Le plaisir de slamer devient alors plus difficile à contrôler, avec une multiplication des « plans slam ». La difficulté à envisager une sexualité sans produit est évoquée par la plupart des slameurs interrogés. Pour certains d’entre eux, le slam tend alors à se substituer au sexe, devenu un prétexte pour consommer des produits. L’étape suivante peut être une utilisation solitaire. Addictologue au 190, Camille Fontaine reçoit ainsi des slameurs dont la vie est organisée autour des produits. 

 

Déni

L’enquête de Aides souligne l’absence de discernement des slameurs, du moins dans un premier temps, quant au potentiel addictogène de ces nouvelles drogues de synthèse (5). Ils peinent à se considérer comme des injecteurs de drogues, dont ils ont une représentation négative. Une réticence qui s’explique par le peu d’informations disponibles sur des produits encore mal connus, et le fait que le slam soit associé en premier lieu à une pratique sexuelle festive et non à un usage de produits psychoactifs, loin des représentations d’une consommation solitaire et désocialisante. Lorsqu’ils ont débuté cette pratique, les slameurs interrogés étaient bien insérés socialement.

L’enquête menée auprès des patients porteurs du VIH et consultant le SMIT (6) de l’hôpital Tenon, entre janvier et mai 2013, confirme ces observations. Elle révèle que 2,67 % des patients (22 personnes),  appartenant tous au groupe homo-bisexuel, sont des consommateurs de nouvelles drogues de synthèse utilisées dans le cadre du slam. Ils ne se perçoivent pour la plupart pas comme des injecteurs de drogues, et les risques de contamination par des IST, notamment par le sang, paraissent sous-estimées.

Ce déni se traduit par une absence de demandes d’informations sur la réduction des risques (RDR), que ce soit auprès des soignants, dans des centres de santé, des associations ou des structures dédiées comme les Caarud (7).

 

Réduction des risques

Car la pratique du slam vient doublement interroger les stratégies de réduction des risques (RDR) mises en place, en cumulant deux dangers d’exposition aux infections. L’usage de drogues par voie intraveineuse est le mode de transmission principal de l’hépatite C, via le partage des seringues et du petit matériel de préparation, une contamination qui peut également se produire lors des rapports sexuels, en particulier les rapports traumatiques avec présence de sang. Sans compter les transmissions d’IST, sachant que la fulgurance des produits injectés majore les prises de risques.

Lors des premières expériences, la plupart des débutants,  qui ne possèdent pas les connaissances leur permettant d’évaluer la RDR mise en place, font confiance à une tierce personne qui va réaliser l’injection. S’ils affirment que ces initiations ont été réalisées dans un contexte d’hygiène satisfaisant, il apparait que l’attention portée à la réduction des risques va s’amoindrir avec le temps. En particulier lors des fins de « plans », quand l’absence de matériel stérile ne constitue plus un frein pour consommer. Ajoutons que l’utilisation d’un matériel stérile pour chaque injection est minoritaire. (8)

La moitié des slameurs consultant à l’hôpital Tenon sont séropositifs pour le VHC et ont été contaminés dans la période où le slam s’est développé. Ils sont dans l’ensemble plus  jeunes que les autres patients, infectés récemment par le VIH,  et sous traitement ARV mais avec une charge virale moins bien contrôlée. Sur les 14 personnes qui ont participé à l’enquête de Aides, 2 sont  séropositives pour le VHC.

 

Formation des soignants

Les répercussions sur la santé de la pratique du slam sont similaires à celles que l’on observe chez tout consommateur par injection de produits psycho-actifs : formation d’abcès, essentiellement sur les bras aux points d’injection, détérioration du système veineux, amaigrissement, risque accru d’accidents cardiaques, ainsi que des problèmes d’ordre psychiatrique, parfois très graves. Des risques de désocialisation et de perte d’emploi ont aussi été rapportés par les usagers ne contrôlant plus leur consommation.

Par ailleurs, on ne connaît pas les interactions entre les produits injectés et les anti rétroviraux.

Parmi les demandes formulées par les usagers et anciens usagers lors des entretiens menés pour l’enquête de AIDES, figurent  l’apprentissage de l’injection, un meilleur accès aux kits d’injection , aux  informations sur les effets des produits,  mais aussi un accompagnement, une écoute et des espaces de parole afin, notamment, de mettre en œuvre des stratégies de RDR adaptées.

Tous les intervenants ont souligné l’urgence de former les soignants, souvent peu au fait de cette pratique, ainsi que les acteurs de prévention agissant auprès des gays et les acteurs de la RDR, en proposant de nouvelles formations interdisciplinaires associant drogues et sexualité.

 

 

Murielle COLLET

 


 

 

 

(1) La Coordination Régionale de la lutte contre le Virus de L'Immunodéficience Humaine

 

(2)   Les produits appartenant à la famille des cathinones proviennent des feuilles d’une plante exotique dont les propriétés chimiques et les effets sont proches  de ceux des amphétamines. Les produits cités par les consommateurs sont : 3MEC, 4MEC, 4P, Meph, NRG3, …

 

(3)   Les slameurs parlent d’une intensification du désir, du plaisir, et de la capacité d’endurance sexuelle.

 

(4)   SLAM, première enquête qualitative en France, AIDES, 2013. Les usagers ont été contactés via Internet, sur le site « Bareback zone ».  Il s’agissait non pas d’obtenir une représentativité mais une diversité des profils, sachant que parmi les personnes qui ont accepté d’y répondre, ceux pour lesquels l’usage du slam ne pose pas question sont absents.

 

(5)   Un des plus addictogènes est le «  4Mec ».

 

(6)   Service des maladies infectieuses et tropicales.

 

(7)   Centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues. Ces centres, lorsqu’ils sont connus des slameurs, sont associés à l’image du « toxicomane » dans laquelle ils ne se reconnaissent pas.

 

(8)   ) Si le partage ou la réutilisation des seringues est identifiée comme une pratique  à risque par les slameurs, ce n’est en général pas le cas pour les risques de contamination VHC liés au partage du petit matériel.

 

 

 


Actu précédente
En haut
lekiosque-240x80