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Enquête InVS sur les pratiques à risque des usagers de crack

Enquête InVS sur les pratiques à risque des usagers de crack

Mardi, 02 Avril 2013
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Le maire du 18ème arrondissement de Paris, Daniel Vaillant, s’est récemment prononcé pour l’ouverture d’une salle de consommation à moindre risque expérimentale réservée aux usagers de crack.

Publiés fin 2012, les résultats de l’enquête menée par l’Institut de Veille Sanitaire (1) sur les profils et les pratiques à risque des consommateurs de crack, confirmaient la très forte prévalence de l’hépatite C au sein d’une population souvent précaire, et soulignaient l’impact positif de la mise à disposition d’outils spécifiques de réduction des risques.

 

Dans les années 2000, la transmission du virus de l’hépatite C (VHC) liée à l’usage de crack est devenue un sujet particulièrement préoccupant, dans un contexte d’augmentation de la consommation de crack en France et dans l’ensemble de l’Europe. Détrônant l’héroïne et la cocaïne, le crack (2) occupe désormais la deuxième place des produits illicites consommés en France, derrière le cannabis.

 

Une prévalence du VHC très élevée

L’enquête Coquelicot (3), réalisée entre 2004 et 2006, a révélé que plus de 70% des consommateurs de crack étaient porteurs du VHC. La transmission du virus se fait via le partage des outils utilisés pour la consommation du crack ; pipe en verre, cutter et fils électriques servant à fabriquer les filtres, sont à l’origine de lésions aux mains et à la bouche observées très fréquemment chez les usagers de crack. Des lésions qui sont des vecteurs et des portes d’entrée potentiels pour le VHC.

En France (comme dans la plupart des pays occidentaux), la politique de réduction des risques(4) a été élaborée dans les années 1980 à partir du modèle de l’héroïnomane injecteur, avec un impact positif en matière de transmission du VIH.  Les consommateurs de crack, apparus plus tardivement, ont eux fait l’objet de peu de recherches. Si quelques associations avaient pris l’initiative de mettre à leur disposition du matériel de réduction des risques, les professionnels désiraient pouvoir distribuer des outils validés par le Ministère de la Santé. C’est dans ce contexte que la DGS (5) a sollicité en 2008 l’Institut national de Veille Sanitaire (InVS), afin d’évaluer des outils de Réduction des Risques (RDR).

 

Evaluation de nouveaux outils

Une enquête a ainsi été menée par l’INVS en Ile-de-France (Paris et Seine Saint-Denis, les consommateurs de crack se concentrant en grande partie dans le Nord-est parisien), de 2009 à 2012, avec le soutien de l’ANRS et en collaboration avec un collectif inter-Caarud  (6).

L’objectif était d’une part de décrire l’état de santé des usagers de crack et leurs vulnérabilités spécifiques, et d’autre part d’évaluer un outil de RDR. Notons qu’il s’agit de la première enquête sur le plan international à adopter comme critère de jugement l’évolution des lésions (mains et bouche), indicateur indirect de transmission du VHC.

L’étude a été réalisée en deux temps, avec un intervalle de 24 mois entre ces deux phases durant lequel un nouvel outil de RDR a été distribué aux consommateurs de crack par les associations/Caarud. Cet outil, le « kit base », comprend un tube en pyrex, plus solide que le doseur à pastis en verre habituellement utilisé, deux embouts, un filtre alimentaire en inox, trois tampons alcoolisés et deux dosettes de crème cicatrisante. 

 

Une grande précarité

La première phase de l’enquête s’est déroulée fin 2009 auprès de 350 usagers de crack, par le biais de questionnaires, d’observations et d’entretiens.

Ces consommateurs sont à 80% des hommes, âgés en moyenne de 38,9 ans, 14% ayant  moins de 30 ans. Ils vivent souvent dans une grande précarité : 53% ont dormi dans un squat ou dans la rue au cours des 6 mois précédant l’étude.

Concernant les pratiques à risque, 41% déclarent avoir partagé la pipe à crack  lors de leur dernière consommation, 21% ont utilisé un doseur ébréché - donc coupant-, et 72% ont partagé leur doseur au cours des 6 derniers mois.

Quant à leur état de santé, 80% des usagers interrogés déclarent un trouble de santé mentale dans les six derniers mois (dépressions, hallucinations), 11% se disent porteurs du VIH et 41% du VHC. Sachant que sur ce dernier point, l’enquête Coquelicot avait montré en 2006 qu’en réalité le pourcentage des personnes contaminées par le VHC était bien plus important que déclaré, à savoir 72% des consommateurs de crack du Nord-est parisien.

80% des usagers présentaient des brûlures et/ou des coupures aux mains, 32% aux lèvres.

Un groupe particulièrement exposé aux risques a été identifié, celui des moins de 30 ans. Ils prennent en effet davantage de risques liés à la consommation de crack (mais aussi sexuels) que leurs aînés et se trouvent dans l’ensemble dans une situation plus précaire. 75% d’entre eux ont déjà dormi dans un squat ou dans la rue au cours des 6 mois précédant l’enquête, 73% ont partagé leur doseur lors de leur dernière consommation de crack, un doseur ébréché dans 59% des cas.

 

Des outils de RDR efficaces

La deuxième phase de l’étude, menée fin 2011 après la distribution de kits par les associations, a montré que les lésions ont été divisées par trois avec le nouvel outil de réduction des risques, et révèlent une baisse du partage des pipes à crack, ce qui indique une prise de conscience de ces risques. Les résultats témoignent d’une appropriation progressive des outils de RDR, notamment, et ce point est particulièrement satisfaisant, chez les usagers de crack les plus jeunes, les moins de 30 ans, qui ont plus facilement que leurs aînés adopté les nouveaux outils.

Cette étude confirme ainsi la nécessité d’une évolution de la politique de RDR, la prise en compte de l’importance des pratiques à risques des consommateurs de crack, accrue par leur vulnérabilité socio-économique. Des résultats qui plaident pour la mise en place de dispositifs spécifiques destinés aux usagers de crack.

 

 

Murielle COLLET

 


(1) Cette enquête InVS-CERMES 3 a été réalisée sous la direction de Marie-Jauffret Roustide.

(2) Le crack est une forme de cocaïne, transformée pour pouvoir être fumée par l’ajout de bicarbonate ou d’ammoniaque au chlorhydrate de cocaïne. Ses effets sont plus intenses, apparaissent plus rapidement mais sont également plus brefs.

(3) Enquête de l’Institut de Veille Sanitaire sur la séroprévalence du VIH et des hépatites et la compréhension des pratiques à risque chez les usagers de drogues. La première enquête a été menée ente 2004 et 2007. Les résultats complets de la 2ème enquête, effectuée entre 2009 et 2012, seront publiés courant 2013.

(4) La politique de réduction des risques en direction des usagers de drogues vise à prévenir la transmission des infections, la mortalité et les dommages sociaux et psychologiques.

(5) Direction Générale de la Santé.

(6) Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues. L’inter-collectif comprenait les structures suivantes : Charonne, EGO, Gaïa, La Terrasse, AIDES, Proses, 110 Les Halles SOS DI.

 

 

 


 

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