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Hépatites B et C : une mobilisation insuffisante

Hépatites B et C : une mobilisation insuffisante

Mardi, 05 Mai 2015
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Les 26 et 27 mars derniers s’est déroulé à Paris le 17ème forum de SOS Hépatites, l’occasion de dresser un état des lieux de la lutte conte les hépatites B et C. Prévention et dépistage insuffisants, vaccination contre le VHB en panne et accès aux traitements du VHC limité : le bilan n’est pas satisfaisant. Il est pourtant impératif de se mobiliser davantage contre ces infections qui seraient chaque année à l’origine d’environ 5000 décès.

 

En France, trois millions de personnes auraient été en contact avec le virus de l’hépatite B (VHB) et environ 280 000 souffriraient d’une hépatite B chronique(1). Au regard de la prévalence élevée de l’infection au niveau mondial, la France est un pays de faible endémie pour le VHB. Mais si cela est vrai en métropole, les DOM affichent une prévalence plus importante, et on peut par ailleurs observer un taux élevé d’infections par le VHB dans des centres de santé parisiens.

Les personnes nées ou ayant résidé dans des zones à forte endémicité, les proches des porteurs du VHB, les Usagers de Drogues (UD) (2) et les personnes détenues constituent les populations les plus exposées au virus.

 

Insuffisance du dépistage et de la vaccination

Sur les 280 000 porteurs chroniques du VHB, seule la moitié (45%) a été dépistée et connaît son statut ; l’épidémie cachée de l’hépatite B s’avère ainsi plus importante que celle du VIH ou de l’hépatite C. Si l’on veut réduire les nouvelles contaminations et prendre en charge les personnes vivant avec le virus, dépister plus largement est par conséquent un impératif.

Les traitements de l’hépatite chronique (3) permettent de bloquer la multiplication du virus mais pas de l’éliminer totalement. Ils parviennent à réduire l'activité inflammatoire et la fibrose hépatique, et, sur le long terme, à protéger les patients des risques de cirrhose (ou à la réduire) et de cancer du foie. Mais il est aujourd’hui quasiment impossible de guérir du VHB, ce qui implique un traitement au long cours, parfois à vie.

Sachant que l’on dispose d’un vaccin préventif efficace à 95%, la vaccination contre l’hépatite B devrait être une priorité. Or la France affiche des taux de vaccination bien en-dessous des moyennes européennes. Mauvais procès faits au vaccin contre le VHB et absence de pédagogie, lobbys anti vaccinaux, prévention insuffisante et méconnaissance des risques de complications liées à l’hépatite sont à l’origine de cette situation. On estime que dans une année, 3000 personnes vont se contaminer, dont 200 vont développer une hépatite chronique.

Pascal Mélin, vice-président de SOS Hépatites, a souligné qu’il était notamment inadmissible qu’à peine 5% des CSAPA (4), qui pourtant accueillent des usagers de drogues, une des populations les plus exposées au virus, aient le vaccin à disposition pour les personnes qui souhaiteraient se faire vacciner.

 

VHC : pour un accès de tous aux traitements

Les traitements de l’hépatite C ont récemment connu une révolution avec l’arrivée de nouvelles molécules très efficaces, notamment le Sofosbuvir, commercialisé par Gilead sous le nom de Sovaldi et utilisé en association avec d’autres médicaments dans le cadre de bithérapies.

Ombre au tableau et de taille : le prix actuel de ce nouveau traitement, soit 41 000 euros. L’Assurance Maladie a pris la décision de traiter les patients avec une fibrose hépatique en phase 3 ou 4 (F3, F4), c’est-à-dire lorsque cela sera « coût-efficient », excluant les personnes avec une fibrose de stade 1 et 2.

On a ainsi fait le choix de traiter uniquement les patients les plus graves. Il serait pourtant plus efficace, sur un long terme, de raisonner en termes de bénéfice collectif, d’épidémie, et de s’occuper également des hépatites minimes. Traiter tôt permet une réduction des risques de cancer du foie et autres maladies associées à l’hépatite. Il en résulterait une réduction des dépenses liées aux risques de complications, aux co-morbidités et aux traitements post-VHC, ainsi qu’une baisse des nouvelles contaminations. On pourrait par ailleurs faire le choix de prix dissociés selon les stades de fibrose ; l’Assurance Maladie, les patients et les industriels s’y retrouveraient.

Il n’est en outre pas acceptable que les personnes en échec thérapeutique n’aient pas accès à ces nouveaux traitements. Sans oublier les UD et les personnes incarcérées, particulièrement touchées par le VHC.

 

Urgence en milieu carcéral

Il a beaucoup été question, lors de ce Forum, de la situation dans les prisons, où l’on observe des taux d’infections par l’hépatite B et surtout par l’hépatite C particulièrement élevés. La prévalence du VHC s’élève ainsi à 5%, soit 6 fois plus qu’en milieu « libre ». Nombre de personnes sont contaminées par le virus lors de leur séjour carcéral, dans 70% des cas via l’échange de matériel lors d’usages de drogues. Les personnes touchées par une hépatite sont très majoritairement en situation de précarité et n’ont pas eu accès aux soins avant d’être incarcérées. Un quart viennent de pays étrangers, beaucoup sont nées en Asie et en Europe de l’est.

Il est en conséquence indispensable de renforcer le dépistage des hépatites, la vaccination contre le VHB, de permettre un large accès aux traitements du VHC comme du VHB en prison et de mettre en place un suivi à la sortie de prison. Mais aussi prévoir un aménagement de peine si l’état de santé de la personne détenue n’est pas compatible avec l’incarcération. Il serait également nécessaire de renforcer le rôle des associations, peu présentes en milieu carcéral, afin de soutenir et d’accompagner les personnes malades.

De façon plus générale, l’accent a été mis lors de ce 17ème Forum sur l’éducation thérapeutique du patient (ETP), notamment pour l’hépatique B, pour laquelle, et alors que l’on observe fréquemment des problèmes d’observance des traitements, il n’existe pas de programme d’ETP à la différence du VIH et du VHC. L’ETP comprenant le dépistage, le « vivre avec » mais aussi le « vivre au-delà », après la guérison virologique.

 

Il reste ainsi beaucoup à faire dans la lutte contre les hépatites virales, en termes de prévention, de dépistage, de traitements et de vaccination. Il a été souligné à plusieurs reprises que les hépatites B et C sont essentiellement des maladies de la précarité, touchant en majorité des personnes migrantes, des usagers de drogues, des détenus ; lutter contre les hépatites implique aussi de s’attaquer aux inégalités sociales.

 

 M. COLLET

 

 

  1. (1) Le VHB déclenche une hépatite aiguë qui passe inaperçue dans la majorité des cas. Elle va guérir spontanément dans 90% des cas et devient chronique chez 10% des personnes.
  2. (2) Les hépatites B et C peuvent se transmettre lors du partage du matériel d’injection, mais aussi, pour le virus de l’Hépatite C (VHC), lors de l’échange de pailles à sniff ou de pipes à crack.
  3. (3) Analogues de seconde génération : Ténofovir et Entécavir.
  4. (4) Centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie. 
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